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Kermès

Nourrir une famille sur 100m², une idée mortelle

Cette idée et ses variantes traînent sur internet comme Nessie dans son loch

Je vais donc y répondre en mettant mes argument dans un ordre discutable* et en allant bien plus loin qu'il n'est nécessaire.

 

Tout d'abord historiquement, nos ancêtres n'étaient, je suppose, pas plus que nous adeptes du mal de dos après une journée passée dans les champs.

Il n'y a pas de raison non plus de supposer qu'ils cultivaient pour le plaisir des terres dont le produit ne serait pas consommé. Il me semble logique de supposer que le travailleur agricole espérait un retour de son travail, soit en alimentation, soit en richesse (directement ou sous forme de produit à échanger sur un marché), ce qui est peu probable si le fruit de son travail ne trouve pas preneur.

 

Bon, cet argument ne tient pas pour la surface minimale cultivable pour nourrir quelqu'un. Tout simplement car l'on parle d'optimisation du temps de travail et non de la surface cultivée.

 

Pour un exemple parlant, en Camargue sans machine il est moins coûteux en temps de travail de produire du taureau que du riz, même si ce dernier produit plus de calories à l'hectare.

 

 

Le potentiel de production par travailleur est souvent plus pertinent que celui par unité de surface.

Un producteur d'aliment doit toujours dégager un excédent global pour qu'une structure sociale stable puisse émerger :

 

-Si elle/il produit sur son temps d'activité uniquement sa ration, la société ne peut pas exister, toute la force de travail étant destinée à survivre (en poussant à l'extrême : pas de soins parentaux, pas de soins aux malades, etc). Il n'y a également pas ou trés peu d'échange possible, faute de produits à échanger.

 

-Si elle/il produit uniquement le nécessaire pour subvenir aux besoin de sa famille, il sera bien embêté lorsque la famille voisine viendra essayer de se servir dans son travail lorsque qu'elle sera dans le besoin, et il sera tenté de faire de même plutôt que de travailler. Il n'y a toujours pas d'échange possible.

 

-Avec un excédent suffisant, il devient possible de libérer du temps de travail pour administrer la société (arbitrer les conflits, imposer un ensemble de règles communes) ,d'autres activités indispensables (soins aux enfant) ou utiles (artisanat), les échanges deviennent possibles.

 

Dans ce dernier cas, cela signifie que l'excédent profite à la société, qui devient globalement plus complexe et capable de supporter plus d'individus. Pas forcément à l'individu qui peut très bien voir son statut descendre au rang de serf ou d'esclave. Une société médiévale supporte 10 à 20 fois plus d'individus par unité de surface en ordre de grandeur que des chasseurs cueilleurs, pas forcément 10 à 20 fois plus de bonheur.

 

 

Le potentiel de production par unité de surface n'est pas la seule limite.

Ce qui précède explique un fait qui pourrait sembler paradoxal : en Europe cultiver des plantes permet théoriquement de produire plus d'aliments par unité de surface que l'élevage**, qu'il soit au grain, à la pâture ou à la glandée.

 

Pourquoi dés lors ne pas défricher et cultiver un maximum de terres dans un contexte, où longtemps la puissance d'un état a directement été corrélé à sa population ? Pourquoi avoir laissé les montagnes et les zones loin des villages aux pâturages, voir aux bêtes sauvages?

 

Tout simplement à cause de la bien connue loi des rendements décroissants. La communauté humaine s'implante là où le travail de la terre est de bon rapport***, tout simplement car un hectare X ne vaut pas un hectare Y ni en termes de production envisageable, ni en termes de difficulté du travail

 

l'avantage c'est que c'est vite désherbé

 

Le schéma classique est alors d'avoir les exploitations maraîchères proches ou dans la commune, les champs de céréales et de légumineuses accessibles à pieds sur les terres fertiles, les zones de pâtures plus loin (pas forcément accessibles rapidement si la main d’œuvre dédié peu rester sur place) ou sur les terres médiocres et la forêt qui sert de réserve de matières premières (bois) et de ressources (glands, gibier) là où il n'est pas intéressant de mener une exploitation.

 

Il n'est pas besoin d'être un génie pour deviner que tenter une exploitation du premier site est stupide, la dépense y serait toujours supérieure au gain, sur le second le travail sera de bon rapport et sur le troisième la chèvre ou le cochon en extensif pourraient se tenter, sans toutefois dégager beaucoup de richesse et avec de bonnes chances d'épuiser le milieu.

 

Lorsque cela est possible et nécessaire, l'exploitation peut s'étendre à des terres difficiles, aussi longtemps que le rendement reste suffisamment positif comme par exemple dans le cas des cultures en terrasses.

je vous fait grace des riziéres, c'est Maroc et Baléares parce que je n'ai pas de photos potables de faïsses sous la main
je vous fait grace des sempiternelles riziéres, c'est Maroc et Baléares parce que je n'ai pas de photos potables de faïsses sous la main

 

Ainsi, si la population est bien limité par la production agricole, celle dernière en revanche est généralement plus limitée par le rendement du travail que par la surface disponible, on produit moins que ce qui serait possible dans l'absolu, mais qui aurait un coup en travail trop important.

 

 

Et mes 100 m² alors

Cette affirmation se base sur un monde où les machines travaillent à notre place, où les mines et le pétrole nous ont permis de totalement outrepasser les cycles de l'azote et du phosphore, remplaçant les flux naturels par des flux industriels.

 

Dans le cadre d'un potager en Europe, on peut irriguer, fertiliser, consommer des intrants (paille, terreau, fumier, etc), bénéficier du travail des sélectionneurs, ne pas avoir besoin de planifier sa production ou le stockage pour ne pas se retrouver dépourvu quand arrive janvier.

 

Et malgré cela, les chiffres annoncés de production pharaonique ne concernent que peu de cas, il n'est question que de légumes (beaucoup d'eau, peu de matière sèche), ce qui implique que la ration calorique et protéique est complétée par des apports extérieurs. Pour nourrir une personne, qui ne soit pas un travailleur manuel, sur la seule base des calories il faut à minima 200 m² (riz) à 400 m² (patate) dans de très bonnes conditions et l'on est alors à la merci du moindre accident de production. Un travailleur manuel peu facilement consommer entre 2 et 4 fois la ration calorique d'un sédentaire.

 

Et on parle pourtant de systèmes irrigués intensifs en travail par unité de surface, en incluant celui des machines et en intrants.

 

Ces systèmes ne sont pas viables de façon autonomes, appliqués à large échelle ils pourraient subir plus fortement les effets des ravageurs actuellement limités par le peu d'exploitations à leur proximité, une pénurie d'intrants, des soucis liés à la dérive des souches (sélectionneur c'est un métier), etc.

 

Bref, baser une anticipation sur ce type d'information peut littéralement être un choix mortel ici.

 

 

 

*en fait pas vraiment, c'est mon blog et je ne suis pas un fervent démocrate.

**nonobstant les problèmes de fertilisation

***ou là où il est possible de produire des biens à forte valeur marchande nécessitant une certaine quantité de main d’œuvre bien organisé pour leur production (métaux par exemple).

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