Accessible
Parfois, tu visites des endroits qui te marquent
En randonnée en une fin de printemps fraîche, après avoir traversé un causse méjan de calcaire battu par un vent froid, sans croiser ni humains, ni chevaux de Przewalski, le loup n'était pas encore revenu, on se dirige vers l'aigoual
On s'égare dans une tourbière, tu t'en rend compte quand ton pied traverse la sphaigne qui a décidé d'arrêter de te porter et s'enfonce dans une eau froide et claire
On s'arrête au soir pour bivouaquer en bas du massif, on écarte les feuilles qui couvrent le fond du ruisseau pour prendre de l'eau de cuisson, dérangeant une larve de salamandre. Daniella part se laver dans la rivière, trop froide pour nous, on attendra le gîte de demain
Le lendemain on repart accompagnés par un retour de l'hiver, notre marche commence sous la neige qui tombe et avec des perces-neiges qui font leur office au bord du chemin
On monte jusqu'à l'observatoire météo du point le plus arrosé de France continentale avant de commencer notre descente du plus de 4000 (mm/an) et à un moment, une proposition de détour qui vaut le coup
On s'engage donc dans une sente interdite aux vélos. Et on comprend pourquoi, le sentier de roche noire à fleur de falaise est luisant et glissant dans la bruine qui tombe, juste assez large pour un homme.
La hêtraie qu'il traverse est superbe, à gauche à hauteur d'yeux , on contemple les racines des arbres, à droite les premières charpentieres et en bas un sol qui s'échappe dans une descente rapide, une incitation à assurer chacun de nos pas
Le tout baigne dans une lumière superbe composée par le soleil qui commence à percer à travers le brouillard et les frondaisons pour briller sur un sol de feuilles beiges vernies et se refléter sur les tronc lisses, blancs et réguliers
Au bout du chemin, un panorama superbe : l'Hérault qui débute son voyage vers la mer dans une chute depuis l'à-pic
Des années plus tard, je voudrais retourner là pour montrer cette endroit à ma compagne et ma fille
Je refait en voiture le chemin parcouru à pied, je retrouve le début du sentier
Et impossible d'aller plus loin, les cons l'on rendu "accessible", il ont construit un belvédère en béton au bord de la route, et interdit d'aller plus loin
Et bon, le panneau d'interdiction, je m'en fiche un peu
Mais dans leur empressement à rendre accessible ce qui ne le sera jamais, ils ont tapé large, l'entrée du chemin dénudée de ses arbres, le sentier est devenu un éboulis pentu large d'une dizaine de mètres où s'engager est un bon moyen d'aller visiter le fond de la vallée
Ils l'ont rendu inaccessible