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Kermès

Mes grands-mères au collége

 

 

Petit j'avais comme beaucoup deux grand-mères

En grandissant j'ai réalisé qu'elles parlaient des langues qui bien que françaises m'étaient étrangères.

J'ai d'abord découvert le créole (lequel?).  C'est pour moi une langue plus "concrète" que le français sur certains aspects. il s'agit ici d'une langue liée à son territoire et à sa communauté.

En effet son histoire est liée à celle de la communauté qui l'emploie, et il a une valeur de marqueur communautaire, les locuteurs ayant normalement le créole et le français en langue maternelle, et donc la possibilité d'employer la langue de leur choix au quotidien.

Du reste le créole a surement profité des régime esclavagiste et colonial qui ne favorisaient pas l'enseignement du français. Ainsi on trouvait encore des locuteur créole unilingues au début du XXe (tristes tropiques, chapitre Antilles) siècle et même au XXIe (observations et communications personnelles)

 

Pas forcément plus tard, mais de façon moins franche est venu l'occitan.

Mes premiers souvenirs liés à cette langue illustrent cela :

-En rentrant de vacances, un panneau disant "vous rentrez en Languedoc" et l'explication de mon père.

-Un journal de Mickey chez les grand-parents parlant des langues d'Oïl, d'Òc et de Si.

-Une visite scolaire à Aigues-mortes où l'on apprend que "aigue" signifie eau en "ancien français"

-Chanter le "Se canta" aux éclaireurs, toujours en "ancien français"

-Le vocabulaire des fêtes taurines et des joutes, que je pensait espagnol ou italien.

-Et enfin, Èra pas de faire, un de mes premiers disques

 

Contrairement au créole il était mal identifié en temps que langue : patois, provençal, langue d'Òc et autres noms qu'il fallait comprendre comme signifiant mauvais français.

Il avait également son lot de préjugés négatifs : "ce n'est pas une vraie langue", "les gens ne se comprennent pas d'une vallée à l'autre", "c'est une langue de paysans et de culs terreux", etc.

 

C'est que j'arrivai à la fin d'un processus d'extermination des patois entamé il y a deux siècles, et que sur la majeure part de l'aire occitane la vergonha était bien plus présente que l'attachement à une langue belle mais déjà déjà moribonde

 

Ainsi en sortant du collège, je savais plus ou moins bien lire et écrire dans trois langues en plus du français, mais j'étais incapable de m'exprimer à l'oral, de lire ou d'écrire dans les langues maternelles de mes grands-mères 

 

Aujourd'hui encore j'en garde une impression de foutage de gueule royal quand j'entends les cris d'orfraie d'hommes politiques concernant les langues régionales.

D'autant plus que cela prend place dans un contexte où le français marque le pas dans les médias face à un franglais dégueulasse, où les mots anglais utilisés là où le mot français existe (challenge, leader), les écritures fautives (Mr, language), les glissement sémantiques se basant sur le sens anglais du mot et autre calques dégueulasses d'expression anglaises traduites mot pour mot sont monnaie courante.

 

 

bonus :

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00990638/document

http://uoh.univ-montp3.fr/1000ans/?p=276

http://www.tahiti-infos.com/2000-mots-traduits-en-20-langues-de-Polynesie-francaise_a121863.html

https://www.vjf.cnrs.fr/sedyl/Isabelle_L%C3%A9glise/guyane/spip.php?rubrique4

https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_kanak

https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_%C3%A0_Mayotte

http://carec.ac-bordeaux.fr/index.asp?pole=6&id=1721

https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2005-2-page-33.htm

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